Le pouvoir des fous rires en coaching (et au travail)
Il existe un moment très particulier dans certaines séances de coaching. Un moment imprévisible, presque indécent, où le sérieux de la conversation bascule soudainement. Le moment où… on éclate de rire.
Un vrai fou rire, qui coupe le souffle, fait monter les larmes aux yeux et oblige à reprendre sa respiration. Oui, même quand la situation semble catastrophique.
C’est exactement ce qui est arrivé lors d’une séance récente.
Ma coachée arrive à la rencontre complètement démolie. Elle vient d’hériter d’un département qui ressemble davantage à un chantier abandonné qu’à une équipe fonctionnelle. Rien ne roule. Aucun processus solide. Peu d’engagement. Et, comme si ce n’était pas suffisant, un employé particulièrement indépendant — disons le ainsi — agit régulièrement en solo, sans consulter les bonnes personnes. Résultat : elle se retrouve souvent exposée devant ses pairs, avec l’impression de perdre le contrôle de la situation.
Elle me raconte tout cela avec un mélange d’épuisement et d’impuissance. On sent qu’elle a essayé plusieurs approches, mais rien ne semble fonctionner. La pression est réelle.
Alors, pendant qu’elle parle, une image me vient. Je lui dis : « C’est un peu comme si tu embarquais sur l’autoroute… mais qu’il n’y avait pas d’asphalte. »
Elle éclate de rire immédiatement. Un rire franc, presque surpris.
Elle ajoute : « Oui… et la garnotte revole partout ! »
On assiste alors à un phénomène bien connu en neurosciences : les rires contagieux se déclenchent spontanément. Une personne rit, l’autre suit, et en quelques secondes, l’énergie de la pièce change complètement.
Je poursuis, en entrant dans l’image : « Dans ce cas-là, je te conseille fortement de fermer tes fenêtres et ta bouche, sinon tu vas avaler toute la poussière. »
Le fou rire monte d’un cran et nous prend toutes les deux. Le genre de fou rire qui ne s’arrête plus. Elle ajoute en reprenant son souffle : « Et mes pneus sont carrés ! »
Les larmes nous coulent sur les joues. Pendant quelques secondes, toute la gravité de la situation disparaît dans un éclat de rire complètement incontrôlable.
Puis je reprends mon sérieux en pensant à cette ironie. Je la regarde et je lui dis : « Je ris, mais je suis profondément empathique à ta situation. Et je la prends très au sérieux. » Le rire nous reprend de plus belle, comme pour contredire mes paroles.
Mais quelque chose vient de se passer. La situation n’a pas changé. Le département est toujours en désordre. Pourtant, l’énergie dans la pièce est complètement différente. Le poids émotionnel s’est allégé et soudainement, il devient possible de réfléchir.
Ce phénomène n’est pas anodin. Depuis plusieurs années, les chercheurs s’intéressent sérieusement aux effets du rire sur le cerveau et sur la performance au travail. Les résultats sont fascinants. Lorsque nous rions, notre corps libère des endorphines — les hormones associées au bien-être — et diminue le niveau de cortisol, l’hormone du stress. Des recherches menées notamment à l’Université de Loma Linda ont démontré que le rire agit presque comme un antidote physiologique au stress.
En quelques minutes, le corps se détend et le cerveau retrouve de la clarté. Cette détente permet aussi d’élargir la pensée. Lorsque nous sommes submergés par le stress, notre cerveau fonctionne en mode survie : il devient rigide, défensif et voit les problèmes comme des impasses. Le rire agit alors comme un bouton de réinitialisation. Il redonne de la perspective et ouvre la porte à des solutions que nous ne voyions plus.
Dans le monde du travail, on valorise souvent le sérieux comme signe de professionnalisme. Pourtant, plusieurs recherches en psychologie organisationnelle montrent que l’humour bien placé favorise la collaboration, la créativité et la confiance dans les équipes. Les leaders capables d’introduire une touche d’humour au bon moment créent souvent des environnements plus humains et plus ouverts.
Rire ensemble ne banalise pas les enjeux. Au contraire, cela permet parfois de reprendre une distance salutaire face aux difficultés. Comme le disait l’humoriste et musicien Victor Borge : « Le rire est la distance la plus courte entre deux personnes. » On pourrait ajouter : parfois aussi entre un problème et sa solution.
Après notre moment de fou rire mémorable, ma coachée s’est redressée dans sa chaise. Son visage était différent. Plus détendu. Plus vivant.
Elle a pris une grande respiration et m’a dit : « Bon… si mes pneus sont carrés, qu’est-ce qu’on fait maintenant ? »
Et c’est exactement là que le coaching commence vraiment. Parce que parfois, avant de transformer une situation, il faut simplement réussir à en rire un peu et à se détendre.
Recherches scientifiques sur les bienfaits du rire
Comme le sujet m’intéressait particulièrement, j’ai retracé trois recherches scientifiques portant sur les bienfaits du rire.
1. Lee Berk et Stanley Tan – Université de Loma Linda
Les chercheurs Dr. Lee Berk et Dr. Stanley Tan de l’Loma Linda University ont mené plusieurs études sur les effets physiologiques du rire. Leurs travaux démontrent que le rire diminue significativement les niveaux de cortisol et d’adrénaline, les hormones associées au stress, tout en augmentant les endorphines, qui favorisent le bien-être et la relaxation.
Dans une étude publiée dans l’American Journal of the Medical Sciences, ils ont observé que même l’anticipation d’un moment humoristique pouvait déjà réduire le stress physiologique chez les participants.
Conclusion : le rire agit comme un véritable régulateur biologique du stress, ce qui explique pourquoi une conversation difficile peut soudainement devenir plus légère et constructive après un moment d’humour.
2. Sophie Scott – Neurosciences du rire et des relations humaines
La neuroscientifique Sophie Scott, de l’University College London, a démontré que le rire est un comportement social extrêmement contagieux qui renforce les liens entre les personnes.
Ses recherches montrent que lorsque nous entendons quelqu’un rire, les zones du cerveau associées à la préparation de l’action s’activent automatiquement. Autrement dit, le cerveau se prépare lui-même à rire.
Conclusion : le rire partagé augmente la connexion sociale, la confiance et la coopération, ce qui explique pourquoi il peut transformer l’atmosphère d’une conversation de coaching ou d’une réunion d’équipe.
3. Jennifer Aaker et Naomi Bagdonas – Humour et performance au travail
Les chercheuses Jennifer Aaker et Naomi Bagdonas de l’Stanford Graduate School of Business ont étudié l’impact de l’humour dans les organisations.
Leurs travaux montrent que les leaders qui utilisent l’humour de façon authentique sont perçus comme plus compétents, plus confiants et plus humains. L’humour favorise également la créativité, la collaboration et l’engagement des équipes.
Conclusion : dans un contexte professionnel, l’humour bien utilisé n’est pas un manque de sérieux. Il s’agit plutôt d’un levier puissant de leadership et d’intelligence relationnelle.
Mylène Grégoire, M.Sc., BPsy, CRHA, PCC, FQM, est présidente, coach, mentore et praticienne en polarité chez Mymosa &CO Conseil inc. Elle est également autrice de 4 ouvrages dont 3 livres à succès, conférencière et fondatrice de deux formations en ligne : Brillez au boulot (formation approuvée par l’Ordre des CRHA) ainsi que De l’intuition au succès (From Gut To Success en anglais).